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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 15:51

Article du CNIID :

Les déchets : leurs lingots, notre plomb

Assemblée

ISSN : 1636-5402 n°39 – Avril - Juin 2011

 

Que celui ou celle qui n’est pas d’accord avec l’adage selon lequel « le meilleur déchet est celui qui n’est pas produit », lève le doigt… ou se taise à jamais. Vous constaterez à coup sûr que personne n’osera lever le petit doigt pour s’opposer à cette idée consensuelle, pas même les industriels du secteur. Curieux, non, pour ceux qui ont fait de nos déchets « des ressources » ?

 

Que les responsables de Veolia, Suez et consorts soutiennent en public la réduction des déchets peut avoir deux explications : soit ils n’aiment pas leurs actionnaires, soit ils mentent. Comme ces deux multinationales, aux chiffres d’affaires respectifs de 9 et 12 milliards d’euros en 2009 pour leur seule activité « propreté » (en comparaison, le budget du Ministère du développement durable alloué à l’écologie a été de 1,4 milliard d’euros en 2010), vivent, avant tout, pour leurs actionnaires et les dividendes qu’elles leur reversent, c’est la deuxième option qui s’impose naturellement. Oui, ils mentent donc effrontément quand ils feignent de tenir un discours proréduction puisque nos déchets sont en fait… leur or ! De l’or, ou encore un « gisement de richesses », de « ressources », de «matières premières », d’« énergie renouvelable », d’« énergieverte ».

 

Quand nos déchets sont parés de tant de vertus, on se demande bien en effet pourquoi s’embêter à les réduire. C’est tout le paradoxe de notre politique déchets depuis 20 ans, qui a laissé le marché s’imposer et décider à notre place qui a le droitde se partager le gâteau.

Un gâteau que la société et notre planète ont du mal à avaler !

 

Les déchets municipaux, comme l’eau, présentent un point commun peu enviable : leur gestion est un service public laissé entre les mains d’un trop petit nombre d’entreprises privées. Basé sur la double logique « mutualisation des coûts» (par la collectivité) / « privatisation des bénéfices » (par les entreprises) », ce gisement de richesses porté aux nues est en réalité bâti sur un gouffre de dépenses assumées au final par le citoyen. En moins de 10 ans, le montant moyen de la taxe d’enlèvement a augmenté de 150 % (84 €/habitant en 2009), les collectivités dépensant plus de 7 milliards par an pour la gestion des déchets. L’augmentation des coûts de traitement liée au durcissement de la réglementation ces dernières années n’explique qu’en partie l’augmentation des montants facturés au citoyen : l’objectif premier de profitabilité des entreprises(et donc de marges les plus importantes possibles) s’accorde mal avec la mission de service public qui devrait primer. S’y ajoute le fait que le petit nombre de gros acteurs, organisés en oligopole, entraîne une faible pression concurrentielle (mise en avant par la Cour des comptes dans un rapport de 2003) et accentue encore l’envolée des prix dans les collectivités.

A l’image de la logique d’un laboratoire pharmaceutique qui voit, sans le dire, la prévention des maladies comme un manque à gagner potentiel, l’approche curative de la problématique des déchets (incinérer, stocker ou au mieux recycler) empêche le développement des mesures de réduction en amont.

Vous l’aurez compris, l’adage fétiche des exploitants est en réalité « le meilleur déchet est celui qui nous est confié » : faisons en sorte de ne pas leur donner satisfaction.

 

Sébastien Lapeyre

Directeur

 

 lien vers l'article :

http://www.cniid.org/espace_telechargement/CI/2495_Cniid_infos_39.pdf

 

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