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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 10:11

Paru sur le site de Libération :

 

La laine de verre est radioactive... comme les carrelages. Un article de«France Soir» a semé la panique et fait chuter l'action Saint-Gobain

 

 

Matthieu ECOIFFIER 12 janvier 1999 à 23:31

Oui, la laine de verre commercialisée par Isover, filiale de Saint-Gobain est deux fois plus radioactive que la laine de verre courante: elle contient des résidus de roche issus de la fabrication de verre ultratransparent par une autre filiale du groupe. Mais il s'agit d'une radioactivité naturelle, d'un niveau très faible et donc sans danger pour la santé. Reste que les consommateurs sont en droit d'exiger une information précise sur le niveau de rayonnement des matériaux qu'ils achètent. Et ce, même si ces doses ne dépassent pas les seuils sanitaires en vigueur.

Telle est la teneur de l'affaire révélée hier par France Soir. Selon le quotidien, Saint-Gobain se débarrasse de ses déchets radioactifs en les dispersant dans la laine de verre vendue au public. Sans l'informer. Après l'amiante cancérigène, une affaire de la laine radioactive? La une «Attention danger au-dessus de nos têtes» l'indique. A la suite de ces informations, d'ailleurs, le titre Saint-Gobain a chuté hier de 7,5% à 123,50 euros à la Bourse de Paris.

Or, la réalité est beaucoup plus complexe. «C'est un traitement de l'information vicieux, il n'y a aucun danger. Certain carreaux de céramique pour salle de bain sont mille fois plus radioactifs que la laine de verre Isover, mais tout aussi inoffensifs», dénonçait hier Jean-François Lacronique, le président de l'Office de protection contre les rayonnements ionisants (Opri). Pour cet organisme sous tutelle du ministère de la Santé, qui a validé la commercialisation de ce matériau en septembre 1996, le niveau de radioactivité de la laine de verre est «très faible». Mais il n'est «pas négligeable» pour la Crii-rad (Commission de recherche et d'information indépendante sur la radioactivité) qui dénonce une gestion «irresponsable» de ce dossier par l'Opri.

Sur le fond, deux conceptions s'opposent sur l'exposition aux très faibles doses de radioactivité. A partir de quel niveau un rayonnement est-il tellement faible qu'il en devient négligeable? Les déchets n'atteignant pas ce seuil doivent-ils échapper à tout contrôle des autorités? Faut-il rajouter d'autres sources de rayonnement à la radioactivité naturelle (1)? Toutes ces questions sont d'actualité: jeudi prochain, un comité de l'énergie atomique regroupant les ministères de l'Industrie, de la Recherche, du Travail et de l'Environnement doit trancher.

Le temps presse: la France doit transcrire la directive européenne Euratom dans son droit avant le 13 mai 2000. Cette dernière fixe à 10 microsieverts par an le «seuil d'exemption», soit la limite sous laquelle le risque est négligeable, qui permet au matériau d'échapper à tout contrôle des autorités.

Face au ministère de l'Industrie, le ministère de l'Environnement pousse pour abaisser ce seuil. «Certains estiment qu'il s'agit d'un seuil de dangerosité. Pour nous, c'est un seuil de déclaration [d'information]», explique Jean-François Lacronique. «La Cri-raad veut tout contrôler, nous estimons que cela n'a aucun sens. Lorsqu'il n'y a pas de risque pour la santé, il vaut mieux laisser à l'industriel la responsabilité d'afficher le niveau de radioactivité du matériau et le respect de la norme.» Difficile d'évaluer l'impact sur la santé de ces très faibles doses. Certains experts voient dans la radioactivité naturelle et ses fluctuations un facteur de développement des cancers. Invoquant le principe de précaution, ils plaident pour la plus grande rigueur possible.

Corinne Cataniet, directrice de la Cri-raad, déplore par ailleurs qu'aucun étiquetage n'informe les consommateurs. L'Opri, décidé à l'obtenir dans un premier temps, a baissé les bras. «Il faudrait parvenir à un étiquetage, mais à condition que tous les matériaux, briques, plâtre, céramique" y soient soumis», reconnaît Jean-François Lacronique.

(1) Evaluée à 2 400 microsieverts par an. Pour la laine de verre Isover, la radioactivité induite est de 4 microsieverts par an, à comparer avec la norme admise pour la population qui est de 1 000 microsieverts.

ECOIFFIER Matthieu

 

http://www.liberation.fr/societe/1999/01/12/la-laine-de-verre-est-radioactive-comme-les-carrelages-un-article-de-france-soir-a-seme-la-panique-e_263473

 

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