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2 juin 2011 4 02 /06 /juin /2011 13:32

 

 

 

Article paru sur le site « Le Cercle  Les Echos » :

 

 

05/05/2011 | Daniel3 | Énergies & Environnement | Lu 239 fois | aucun commentaire

Captage et stockage de CO2 : un appel à candidature lourd de conséquences

Pas moins de quatre ministres pour annoncer le lancement d’un appel à candidatures par l’ADEME ! Il s’agit de contribuer à sauver le climat de la planète en capturant, transportant, stockant en sous-sol, et valorisant un peu de CO2. En jeu une part de € 1,35 milliard des fonds du « grand emprunt » du Programme français d’Investissement d’Avenir.

Écrit par

Daniel3

Pas moins de quatre ministres (Environnement, Economie, Recherche, Industrie & Energie) et un Commissaire (à l’Investissement) pour annoncer le lancement d’un appel à candidatures par l’ADEME ! L’affaire est d’importance, puisqu’il s’agit de contribuer à sauver le climat de la planète en capturant, transportant, stockant en sous-sol, et valorisant, un peu de CO2. En jeu une part de € 1,35 milliard des fonds du « grand emprunt » du Programme français d’Investissement d’Avenir.

Capturer et stocker le carbone, (carbon capture and sequestration – CCS), en fait plus précisément le CO2, est un pan essentiel des politiques de maîtrise des émissions de CO2. La pertinence de telles politiques climatiques ne sera pas évoquée dans ce post qui se limite à l’évaluation du projet de développer le CCS. Ce dernier fait partie des initiatives de ‘géo-ingénierie’ imaginées pour prévenir un réchauffement climatique qui dépasserait la limite mythique de 2° C. Parmi les autres initiatives figurent rien de moins que la projection de soufre dans l’atmosphère, la fertilisation des océans à la limaille de fer, la réflexion des ardents rayons solaires via la mise sur orbite de gigantesques miroirs au-dessus de l’équateur. L’ensemble dégage une impression d’œuvre du Dr Folamour.

Le volet captage & stockage du CO2 (CCS) peut consister à favoriser la création de nouveaux ‘puits’ organiques (par exemple des micro-algues placées en sortie d’usine qui permettraient en plus de produire des bio-carburants), mais sa modalité qui concentre les attentions et les financements est le stockage ‘géologique’. Coûts élevés garantis, mais programme européen déjà en place (sur 10% des émissions de CO2 de l’Union Européenne).

Les risques créés par le stockage de CO2

Le stockage souterrain de CO2 n’est pas forcément un projet anodin : en effet, comme le CO2 à très haute dose peut être toxique et dangereux, son stockage nécessite une sécurité dans l’étanchéité entre la cavité de stockage et la surface terrestre. En cas de porosité, par exemple, les conséquences en surface peuvent être spectaculaires comme le montre le site du Horseshoe Lake près de Mammoth Mountain au sud-ouest de Long Valley Caldera en Californie, sous lequel existe, selon toute probabilité, une importante poche naturelle de CO2.

La concentration y est si élevée que les arbres meurent de l’excès de gaz, et des précautions doivent être prises pour y éviter la divagation des enfants et des chiens.

 

Les problèmes d’étanchéité à long terme du stockage de CO2 sont-ils résolus ? Ce n’est pas entièrement clair compte tenu de toutes les annonces qui se succèdent. Comme le rappelle Bridges (2011), une fuite de 0,5% l’an correspond à 64% de fuites cumulées sur 200 ans !

L’injection de CO2 dans le sous-sol est aussi une technique qui intéresse les pétroliers pour accroître le taux de récupération  des gisements. En janvier 2011, au Saskatchewan (Canada), la presse locale relaie les préoccupations d’un couple de fermiers : le CO2 injecté dans le champ pétrolier de Weyburn semble fuir depuis 2005, provoquant l’apparition d’algues et de mousses colorées dans une gravière au bord de laquelle de petits animaux sont retrouvés morts. Apparemment, le suivi environnemental du projet aurait cessé en 2005 : il est temps de le reprendre !

Abandons successifs de projets de capture et stockage de CO2

Il est aisé de suivre l’avancement des projets de CCS : un site web s’y consacre, CaptureReady.com. Ainsi, pour la seule Europe :

- Norvège : un projet important de stockage souterrain du CO2 issu d’une centrale électrique au gaz naturel a été suspendu le 30 avril 2010 pour quatre ans par le gouvernement. Lancé en 2006, situé à Mongstad, près de Bergen, ce projet se monte à € 1 milliard. L’origine de la décision de suspension réside dans la technologie employée qui inclut le rejet d’amines dans l’atmosphère, c'est-à-dire de composés organiques dérivés de l’ammoniac, qui peuvent être impliqués dans des réactions chimiques dans l’air et former de nouvelles substances : l’Institut de Santé Public norvégien a signalé en mai 2009 que ces substances pourraient être cancérigènes, et qu’il fallait examiner dans des études expérimentales les effets sur la santé des nitramines. Début octobre 2010, il apparaît que le gouvernement est à la recherche d’alternatives à la poursuite du projet en l’état. En mars 2011, le gouvernement prévient qu’il pourrait reporter l’investissement de 2014 à 2016.

- Finlande : Fin octobre 2010, les producteurs finlandais d’électricité Fortum et TVO annoncent l’abandon de leur projet Fincapp en raison de l’importance des investissements nécessaires.

- Pays-Bas : Royal Dutch Shell annonce le 5 novembre 2010 l’abandon de son projet de stockage de CO2, à 1500 mètres sous la ville de Barendrecht aux Pays-Bas : la Commission indépendante MER avait signalé en avril que les questions de sécurité n’étaient pas traitées suffisamment. En février 2011, le gouvernement écarte trois autres sites ; il abandonne tout plan de stockage souterrain dans le Nord du pays, et concentre ses travaux sur la réutilisation des gisements de gaz naturel épuisés du sous-sol maritime.

- Royaume-Uni : L’engagement public budgétaire est réduit en octobre 2010 par le gouvernement Cameron : £ 1 milliard au lieu de deux. Eon se retire des projets de CCS au Royaume-Uni. Début décembre, Powerfuel, société développant à Hatfield (Royaume-Uni) un projet de capture et séquestration de carbone jumelé à une centrale à charbon, a été placée sous administration judiciaire, faute de réunir les £ 635 millions nécessaires pour mener à bien le projet de construction de la 1ère centrale à charbon britannique propre. Début 2011, la roadmap britannique en matière de CCS est repoussée à l’automne

- Allemagne : Le sujet du CCS fait face à une opposition importante, y compris d’églises et d’ONG environnementales locales. Début 2011, le projet de loi allemand transposant la directive européenne est bloqué sur les compétences respectives de l’Etat fédéral et des Länder : ces derniers, notamment ceux du nord, veulent un droit de veto. Le projet de Vattenfall (€ 1,5 milliard) est suspendu dans l’attente d’un contexte juridique clarifié. Mi avril, les Länder obtiennent ce droit de veto.

Le coût énergétique élevé du captage de CO2

L’un des ‘petits’ inconvénients du CCS est d’affecter l’efficacité des centrales : selon le consultant McKinsey (2008), c’est rien moins qu’une baisse de 10% de l’efficacité de la conversion des hydrocarbures en électricité qui résulte du processus, soit pour une centrale au charbon dernier cri (efficacité de 50%) une baisse de 1/5, qui passe même à 30% pour la moyenne du parc américain (efficacité de conversion de 33% environ). Le déploiement du CCS pourrait ainsi accélérer l’épuisement des ressources d’hydrocarbures, sauf à rationner l’électricité (Owens et al. 2010). Et coûter des fortunes au consommateur, particulier ou entreprise, puisqu’il faudrait lui bien répercuter – via la hausse du prix du courant -  la baisse de l’efficacité de conversion.

En février 2011, une étude polonaise conclut qu’avec le CCS, le coût d’investissement va augmenter de 60% pour les centrales électriques à charbon.

Les financements publics disponibles et une formidable conjonction d’intérêts continue à pousser dans le sens du CCS

Le CCS n’intéresse pas uniquement les fans de la lutte contre le changement climatique, ou les bureaucrates européens qui entendent y consacrer 7 milliards (dont 4,3 milliards ouverts à concours en novembre 2011). Mais l’abondance de financements publics crée une demande solvable et permet des travaux sur le développement de technologies, la création de sites pilote, etc. Et personne ne demande aux consommateurs (particuliers comme entreprises), ni aux contribuables, s’ils sont d’accord pour dépenser des milliards sur le stockage souterrain de CO2. La voie est libre pour les intéressés au premier chef, les entreprises impliquées.

C’est que la capture et la séquestration de CO2 sont déjà devenus aujourd’hui un vrai business, avec des promesses de financements par milliards d’euros faites pour des tests et expérimentations grandeur nature par la plupart des autorités gouvernementales : USA, Union Européenne (€ 7 milliards de subventions annoncés en novembre 2010) et ses pays membres (Allemagne, Espagne, Royaume-Uni, Pologne…), Norvège, Chine, Japon, Australie. On comprend que les pétroliers (ne serait-ce que pour ‘doper’ le taux de récupération dans les gisements actuels) et les industriels (Aker, Siemens, Statoil, Alstom ou Air Liquide par exemple) y tiennent : chaque projet à l’échelle opérationnelle représente € 1 milliard, et le marché global pourrait atteindre, selon l’Agence internationale de l’énergie, $ 6000 milliards sur 40 ans.

Bien sûr, le développement du CCS est obéré localement dès qu’on en passe aux choses concrètes, le choix d’un site, car les populations, leurs associations, y compris les branches locales des ONG environnementales, et aussi les élus locaux, s’y opposent souvent. OK sur le principe, mais pas chez moi ! Est-ce une répétition du film déjà connu sur le stockage de matières nucléaires ? ou sur l’exploitation du gaz de schiste ? Après tout, l’incertitude sur l’étanchéité, et les échelles de temps, ne sont-elles pas autant de points communs entre le stockage de CO2 et celui des déchets nucléaires ?

US_Geological_Survey.pdf

 

Lien vers l’article : http://lecercle.lesechos.fr/node/34935

 

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