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8 décembre 2015 2 08 /12 /décembre /2015 18:11

 

 

A l’occasion de la COP 21, le projet de CSC revient en force, ce projet est mis en avant par les industriels qui plutôt que de chercher à réduire leurs émissions de gaz carbonique CO2 dans l’air cherchent des moyens pour l’enterrer dans le sol comme un déchet, mais pour Adenca le danger est grand, notamment si ce gaz ressortait brutalement en masse dans l'atmosphère.

 

 

Vous comprendrez mieux le sujet

en lisant l’article

de notre association amie  

« Côteaux de Jurançon Environnement »

 

 

 

 

Paru sur le blog Médiapart :

 

COP 21: L'impact de l'enfouissement du CO2 sur le climat ? Retour sur l'expérience menée à Jurançon

 

 

A l'occasion de la COP 21 il convient de tirer des conclusions de l'expérience d'enfouissement du CO2 en cours à Jurançon. Elle est présentée comme un projet pilote permettant de tester la technologie de captage et stockage des émissions de CO2 (CSC).

 

Tout d’abord de quoi s’agit-il ? L'expérience consiste à capter le CO2 émis par une centrale fournissant de la vapeur  sur la plateforme industrielle  de Lacq, à l’acheminer par une conduite jusque sur les coteaux de Jurançon et à l’enfouir à 4500 m de profondeur dans un réservoir  souterrain  d’où a été extrait précédemment du gaz. 50 000 tonnes de CO2 ont ainsi été enfouies. Ce projet est une contribution de Total au développement de la technologie dite de captage et stockage des émissions de CO2 (CSC) produites par des industries fortement  polluantes. L’objectif ultime de la technologie est la neutralisation, par enfouissement géologique, d’une large fraction des émissions de gaz à effet de serre d’origine industrielle.

 

Une question  vient immédiatement à l’esprit : cette technologie peut-elle avoir un réel impact sur le climat à l’horizon 2050 et  contribuer ainsi à limiter le réchauffement moyen de la planète à 2°C à l’horizon 2100? La réponse est non.

En effet cette technologie n’arrive pas à se développer. En 2015, seuls deux sites industriels de pur stockage géologique (hors récupération de pétrole) sont en opération de manière routinière. Ils sont situés en mer de Norvège et permettent de capter 1,7 millions de tonnes de CO2 par an, soit environ 0,00005% des émissions globales de la planète. Par ailleurs aucune centrale électrique de taille commerciale exploitant les ressources fossiles ne fonctionne avec la technologie CSC intégrée même s’il s’agit de l’application dans laquelle les promoteurs du CSC ont mis le plus d’espoir. En 2050, pour avoir un réel impact sur le climat il faudrait que cette technologie puisse permettre d’éviter au moins 10% des émissions mondiales. Pour atteindre cet objectif il faudrait au moins 5000 unités capables de stocker chacune 1 million de tonnes de CO2 par an en des lieux reconnus par tous comme sûrs à très long terme. Soit un rythme de développement annuel d’environ 150 unités d’ici 2050. On n'en prend clairement pas le chemin. L’objectif de 10% apparait  irréaliste. Pour autant que la technologie soit poursuivie dans les années qui viennent on peut s’attendre à un impact marginal entre 0,1% et 1%.

 

Pourquoi la technologie CSC n’arrive-t-elle pas à se développer ? En dehors de raisons économiques évidentes reliées au prix très bas du carbone évitée, la principale raison est la difficulté de faire accepter cette technologie aux populations directement concernées ainsi que  le recommande l’Agence Internationale de l’Energie. C’est ici que l’expérience du stockage à Jurançon apporte un éclairage révélateur sur la manière dont l’acceptabilité sociale est battue en brèche. La participation aux instances formelles (enquête publique, comité local d’information et de suivi (CLIS)) qui ont encadré le projet depuis son lancement en 2007 jusqu’à sa phase terminale actuelle  permet aux représentants de l’association Coteaux de Jurançon Environnement (CJE) d’apporter un témoignage de première main.  Il faut porter à la connaissance du public  que des affrontements générés par des situations  inacceptables   (erreurs de conception au départ qui ont allongé considérablement la durée  du projet, enquête publique faussée, refus de participer aux réunions organisées par les riverains, largesses pour vaincre les résistances au projet, non implication des populations dans les phases pouvant menacer leur sécurité…..) ont jalonné le déroulement du projet. Il faut mettre particulièrement l’accent sur deux éléments d’affrontement présentant des enjeux majeurs : l’absence de transparence dans la mise en œuvre, une mauvaise évaluation des risques  à long terme une fois l’enfouissement réalisé. Il a été impossible d’obtenir  des expertises indépendantes pour évaluer la conception et le déroulement du projet. Les organismes chargés des expertises avaient déjà des liens étroits de collaboration avec Total et de plus ont été directement rémunérés par Total pour leur expertise. Il s’agit d’un cas scandaleux de conflit d’intérêts malheureusement accepté par l’administration de l’Etat. L’association CJE n’a pas eu accès aux documents techniques qui lui auraient permis de solliciter elle-même des avis indépendants. Elle a été obligée d’assimiler une montagne de documents sans disposer de ceux qui étaient les plus pertinents.  Total s’est réfugié derrière le secret industriel malgré le caractère expérimental et risqué du projet. La sécurité à long terme des sites d’enfouissement est un autre  enjeu majeur autour duquel s’affrontent deux manières de se projeter dans l’avenir.  N’ayant pas de cadre juridique contraignant imposé, l’industrie et ses experts extérieurs  se contentent d’évaluer les risques de manière minimale avec des hypothèses considérées comme réalistes dans l’état actuel des connaissances. Pour les populations concernées, c’est le principe de précaution qui prévaut. Dès lors qu’ils sont envisageables dans le long terme, les scénarios extrêmes dévastateurs doivent être considérées et étudiées quant à leurs conséquences.  L’évaluation des risques à long terme est trop importante pour être faite seulement par une industrie qui cherche à se désengager le plus rapidement possible de ses obligations.

 

L’enfouissement géologique du CO2 ne prend pas le chemin de l’acceptabilité sociale  et ne peut avoir qu’un impact marginal sur le climat d’ici 2050 dans le meilleur des cas. Cette technologie devrait être abandonnée pour des solutions plus novatrices et moins risquées. Elle a été mise en avant par l’industrie pétrolière pour « verdir » l’exploitation sans mesure des ressources fossiles et préserver un modèle économique basée sur cette exploitation.   Les 60 millions d’euros investis dans l’expérimentation du CSC de Jurançon auraient permis de reboiser 20 000 ha. Ces arbres auraient pu séquestrer pendant leur développement (40 ans) l’équivalent de 8 millions de tonnes de CO2 soit près de  200 fois plus que ce qui a été séquestré dans le réservoir de Jurançon. Au charme de la forêt se serait ajoutée la richesse de 20 000 ha de bois à exploiter.

 

 

 Henri Pépin est représentant de l'Association Coteaux de Jurançon Environnement au Comité Local d'Information et de Suivi du projet.

https://blogs.mediapart.fr/henripepin/blog/071215/cop-21-limpact-de-lenfouissement-du-co2-sur-le-climat-retour-sur-lexperience-menee-jurancon

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